Interview : Laurent Argelier : « Pas besoin d’être un tueur pour réussir à la télé ! »

En exclusivité pour nicetime, le journaliste chroniqueur médias et people donne sa vision du monde des célébrités. Fort de son expérience et de ses 1600 interviews, il nous parle sans langue de bois de ses « bons clients » mais aussi de ses « bêtes noires ».

interview Laurent Argelier star pipole télé

Le journaliste chroniqueur médias peut avoir le sourire : son année 2016 s’annonce très chargée !

nicetime : 1600 interviews à votre compteur : sacré tableau de chasse ! D’où vous vient cette passion pour l’interview ?

Laurent Argelier : C’est une vocation. A 14 ans, je faisais mes premières interviews sur une radio associative. Le journalisme, c’est un métier de rencontre. Et moi, j’ai choisi d’aller à la rencontre des artistes. Depuis tout jeune, j’aime les artistes. Qu’ils soient chanteurs, acteurs, comédiens, animateurs télé, j’ai une vraie affection pour tous ces gens. Je les considère comme des collègues de travail même si contrairement à eux, je n’aspire pas à être connu. Plus je suis dans l’ombre, mieux je me porte.

nicetime : Est-ce la raison pour laquelle vous vous « camouflez » sous votre casquette ?

Laurent Argelier : Un peu sans doute ! En tous les cas, pour tous mes interviewés, je suis devenu l’homme à la casquette. C’est devenu malgré moi ma marque de fabrique.

« Les stars sont transgénérationnelles ! Les pipoles se périment au bout de quelques semaines ! »

nicetime : Quel est votre secret pour obtenir des confidences ?

Laurent Argelier : Ah ah !!!! Vous êtes bien curieux chez nicetime ! C’est très subtil ! Il faut savoir prendre les gens, les mettre en confiance. Sur la forme, l’une de mes techniques consiste à être très proche d’eux physiquement. Je suis toujours à moins d’un mètre de mes interlocuteurs, je les regarde les yeux dans les yeux. Et en général, ça fonctionne ! Sur le fond, il ne faut jamais oublier que les questions les plus futiles sont les plus utiles.

interview Laurent Argelier star M.Pokora

Laurent Argelier et M. Pokora

nicetime : Vous avez longtemps animé Le réveil des stars sur MFM Radio. Qu’est-ce qu’une star, selon vous ?

Laurent Argelier : Une star, c’est une personnalité transgénérationnelle qui est capable de durer, traverser les époques, s’adapter aux modes. Il y en a très peu en France : Johnny Hallyday, Patrick Bruel, Alain Delon et quelques autres encore. Et puis évidemment il y a les disparus comme Louis de Funès ou Edith Piaf. Aujourd’hui le mot star est galvaudé. Certains pensent que tous les gens connus sont des stars. C’est faux ! On parle de stars de la chanson, de stars de la télé mais en réalité, ce sont plutôt des vedettes de la chanson ou de la télé et qui pour la plupart ne sont pas amenés à durer. Je parlerais plus de célébrités ou de pipoles. Mais dans ces cas-là, toutes les personnes connues sont des pipoles.

« Cyril Hanouna a tout compris. Il est dans l’empathie permanente avec son public. »

nicetime : Qui seront, selon vous, les stars de demain ?

Laurent Argelier : Christophe Maé certainement ! M. Pokora et Shy’m qui ne sont aujourd’hui que des vedettes peuvent devenir des stars. Ceux qui y parviendront seront ceux qui sauront s’entourer, vivre avec les codes de leur temps et être généreux. C’est important d’être proche de son public. Regardez Cyril Hanouna ! Il a tout compris ! Il est en train de passer du statut de vedette à celui de star. Il est dans l’empathie permanente. C’est quelqu’un de généreux avec son public. Il véhicule des valeurs d’amour. Ce n’est pas pour rien qu’il appelle ses fans « mes petites beautés ». Les gens ont besoin d’amour. Surtout en ce moment ! A l’inverse, des gens comme Benjamin Castaldi manquent de générosité avec le public. Enfin il faut être aussi très patient. On ne devient pas une star du jour au lendemain. Ça prend parfois des décennies !

nicetime : Il paraît qu’il faut être un tueur pour réussir à la télé, au cinéma ou dans le milieu de la musique. Vous confirmez ?

Laurent Argelier : Absolument pas ! Il y a des tueurs comme dans tous les milieux et il y a aussi plein de gens sympas ! Si vous faites partie de la première catégorie, un jour ou l’autre, il y aura un retour de manivelle. C’est ce qui est arrivé à Patrick Sabatier. C’était loin d’être un gentil. Il s’est prix une porte en pleine figure au début des années 90. Il n’est jamais vraiment revenu ! Tôt ou tard, vous payez vos erreurs. C’est encore plus vrai aujourd’hui à cause de la multiplication des médias. Il y a une vraie précarité : vous pouvez monter très haut très vite et redescendre encore plus vite. Chanteurs, comédiens, animateurs… : tous sont devenus des produits de consommation…qui peuvent vite être périmés ! Aujourd’hui Kenji Girac cartonne. C’est un phénomène. Qu’en sera t-il dans 5 ans ?

interview Laurent Argelier star Kev Adams

Laurent Argelier et Kev Adams

nicetime : Et tous les candidats de télé réalité, dans quelle catégorie les rangez-vous ?

Laurent Argelier : Ce sont des pseudo-célébrités qui justement ont une durée de péremption de plus en plus courte. Il y a encore 5-6 ans, leur durée de vie était d’un an et demi grand maximum. Aujourd’hui, c’est un coup de projecteur qui dure quelques semaines seulement. A eux de savoir surfer sur la vague très rapidement. Regardez Mickaël Vendetta, Cyndy Sander et tous les autres de Secret Story ou des Anges de la télé réalité. On en entend plus parler. C’est terminé ! Ils ne sont pas préparé à une notoriété soudaine et ne savent pas gérer la situation. Je mets Loana de côté car elle, c’est une icône de la télé réalité, même si j’ai du mal à croire à son retour.

nicetime : Quel est votre top 5 des personnes les plus sympas ?

Laurent Argelier : Lorie, Amel Bent, Julie Zenatti, Shy’m et Laurent Gerra. Non seulement ils sont sympas mais ils jouent le jeu de l’interview et peu importe le type de questions. Ce sont des gens généreux qui donnent.

nicetime : A l’inverse, quels sont les gens qui vous ont déçu en interview ?

Laurent Argelier : Mélanie Thierry. Elle n’est pas du tout généreuse. Elle fait le job, c’est tout ! Dès qu’une question la gène ou qu’on sort de la promo, elle bote en touche. Pascal Obispo est très compliqué à interviewer. La moindre question un peu perso le gène tout de suite. Le risque, c’est qu’à la fin, vous vous retrouviez avec une interview très lisse. Dans le même genre, il y a aussi Calogero. D’une manière générale, c’est plus compliqué avec la jeune génération.

nicetime : Pourquoi ?

Laurent Argelier : Parce qu’ils sont très encadrés par leurs agents et leurs attachés de presse, toujours derrière eux pour leur souffler les réponses et leur dire ce qu’il faut dire et ne pas dire. Ils réussissent ainsi à manipuler les journalistes. Ils sont aussi très forts grâce aux réseaux sociaux. Un bout de sein posté sur facebook, une phrase énigmatique postée sur twitter leur permettent de faire le buzz et de faire passer certaines infos comme bon leur semble.

« Le milieu des célébrités est devenu très précaire. »

nicetime : Des infos liées à la vie privée par exemple ?

Laurent Argelier : Oui ! Les jeunes semblent effectivement accepter de donner une partie de leur vie privée au public mais avec parcimonie. C’est très important ! Ça permet aux fans d’entrer dans leur intimité et de s’identifier à leurs idoles. Si vous ne donnez rien, vos fans sont frustrés.

nicetime : Quels animateurs vous ont inspiré dans votre jeunesse ?

Laurent Argelier : Assurément Christophe Dechavanne ! J’allais même jusqu’à manquer des cours de lycée pour regarder son émission C’est encore mieux l’après midi sur Antenne 2 à l’époque. Ce que j’ai toujours adoré chez lui, c’est son âme d’« adulescent ». Il a toujours été très gamin ! Et comme tous les gamins, il ne s’est jamais pris au sérieux. Dans un genre tout à fait différent, j’adorais Philippe Bouvard. C’était pour moi la référence en matière de journalisme et mon modèle en radio.

interview Laurent Argelier star Patrick Bruel

Laurent Argelier et Patrick Bruel

nicetime : Parmi tous ceux qui nous ont quittés, qui auriez-vous aimé interviewer ?

Laurent Argelier : Edith Piaf, Fernandel, Louis de Funès, Dalida. C’était une icône en souffrance. En revanche, je n’aurais pas aimé interviewer Claude François. Trop compliqué comme personnage et pas assez sympathique.

nicetime : Quels sont vos projets pour 2016 ?

Laurent Argelier : Je vais poursuivre mes interviews en radio et en télé et peut-être sur d’autres supports. Depuis ma petite expérience dans Secret Story sur NT1, j’ai quelques envies à la télé. On verra si ça se concrétise ou pas. Et puis il y a mon dernier bébé : l’AFB, l’Agence France Buzz. C’est ma nouvelle agence de presse qui va naître prochainement. Je vous en parle très vite !

Propos recueillis par Nicolas Nissim