Lamine Lezghad : « On peut rire de tout même de sujets graves. »

Lamine-Lezghad-sur-scene-rire-de-tout-L'EuropéenInterview – Il triomphe actuellement à L’Européen avec son spectacle Rire de tout où il s’attaque aux sujets les plus tabous. Lamine Lezghad nous en dit plus sur sa conception de l’humour.

nicetime : Dans votre spectacle Rire de tout, vous faites rire avec des sujets tabous comme l’homosexualité, le handicap ou la religion. N’avez-vous pas peur de vous faire des ennemis ?

Lamine Lezghad : Non absolument pas ! Je suis là pour faire rire les gens, pas pour les énerver. De toutes façons, tous ceux qui assistent à mes spectacles savent très bien qui ils vont voir avant d’entrer dans la salle donc il n’y a pas vraiment de surprise de ce côté-là. Quant à ceux qui ne m’aiment pas ou qui n’adhèrent pas à mon humour, ils ne viennent pas. Donc au final, tout le monde est content et il n’y a aucun risque de problème.

« Ce qui m’intéresse, c’est de faire rire avec des sujets qui me touchent. Les handicapés et la manière dont on les considère, le viol, le suicide, et l’homophobie en font partie. »

nicetime : D’où vous vient cette envie de vous intéresser à des sujets aussi limites ?

Lamine Lezghad : Ça fait des années que je pratique l’humour. Au début, j’ai eu du mal à me trouver parce que ne n’avais ni personnage, ni axe, ni thème précis, j’allais dans tous les sens. Je savais juste que je voulais faire rire. Et puis j’ai compris que ce qui m’intéressait, c’était de faire rire avec des sujets qui me parlent et qui me touchent. Les handicapés et la manière dont on les considère, le viol, le suicide, et l’homophobie en font partie. Des sujets loin d’être glamour mais en réalité qui peuvent concerner tout le monde.

nicetime : Comment réagissent les personnes concernées ?

Lamine Lezghad : Très bien car contrairement à ce que vous pourriez croire, elles ne se sentent pas du tout agressées. Quand dans mon spectacle je vanne les handicapés, ce sont eux qui se marrent en premier. C’est justement en ne parlant pas d’eux et en s’interdisant de faire des blagues sur eux qu’on les exclut. Ce sont des personnes comme vous et moi.

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nicetime : Pourquoi vos vannes font-elles autant rire à votre avis ?

Lamine Lezghad : Parce que ce tout que je raconte est vrai. Il ne s’agit pas de faire des vannes pour faire des vannes. Quand je fais des vannes sur les femmes violées, et que j’explique qu’une femme est violée toutes les 7 minutes en France, c’est mon point de vue, sur ce postulat réel, qui amène le rire.

« Ce n’est pas aller trop loin que de parler des attaques terroristes du 13 novembre. Je ne m’imagine pas arriver sur scène et faire comme s’il ne s’était rien passé. »

nicetime : Dans votre spectacle, vous vous « attaquez » à des sujets très graves comme les attaques terroristes du 13 novembre dernier à Paris. N’allez-vous pas trop loin ?

Lamine Lezghad : Non je ne pense pas ! Ça fait partie des sujets d’actu qui concernent tout le monde et il faut en parler. J’en ai besoin, et les spectateurs aussi. Je ne m’imagine pas arriver sur scène et faire comme s’il ne s’était rien passé.

nicetime : Comprenez-vous que ça puisse choquer ?

Lamine Lezghad : Je peux le comprendre mais c’était ma manière à moi d’expulser la chose. Un besoin viscéral de parler de tout ce drame pour ne pas m’effondrer. Une sorte de catharsis. Il ne s’agit évidemment pas de blesser les gens. C’est hors de question ! Mais c’est vrai que j’aborde des sujets peu souvent traités et avec des angles d’attaque inatendus. Ceci dit, certains spectateurs m’avouent : « Je n’aurais jamais imaginé rire de ça ». C’est un immense compliment.

nicetime : De quoi parlez-vous par exemple ?

Lamine Lezghad : Je parle de certains média qui pour défendre la cause des musulmans invitent des personnes qui ne savent pas aligner trois mots. Je m’en prends également aux autorités de l’Etat qui ont avoué après coup « On connaissait les terroristes ». On peut donc se demander pourquoi ils n’ont rien fait avant. Pour moi l’humour noir, c’est de l’absurde appliqué à des sujets tabous.

nicetime : Pensez-vous qu’on puisse rire de tout ?

Lamine Lezghad : Sur scène évidemment oui ! On peut rire de tout même de sujets aussi graves que les attentats du 13 novembre dernier à Paris.

« Ma « mission » première c’est de faire rire. Si les gens ne rient pas, je passe à autre chose. »

nicetime : Mais où est la limite à votre humour ?

Lamine Lezghad : C’est les rires des spectateurs qui la fixe. Ma « mission » première c’est de faire rire. Si les gens ne rient pas, je passe à autre chose. Ce n’est pas le cas pour l’instant. Donc je continue !

Propos recueillis par Nicolas Nissim

Lamine Lezghad, Rire de tout à L’Européen tous les vendredis et samedis jusqu’au 5 mars puis à L’Apollo dès le 17 mars du jeudi au samedi. Réservations ici.

Crédit photo : Marie Dicharry